dimanche 21 août 2011

Waterloo Bridge – Panic


Il y a plus de deux semaines, les insurrections se sont multipliées dans le Londres populaire. Telle une journée nationale de la gratuité, les adolescents londoniens allaient se servir abondement dans les magasins qu’ils affectionnent. Une paire de sneakers chez Foot Lockers et une bouteille de rosé chez Tesco piqué à la sauvette ; on n’aurait pas été étonné de les voir désintégrer la vitrine d’un cinéma pour se faire une toile gratuite. La fièvre avait même contaminé les quartiers plus huppés que sont Camden, Oxford Circus et Sloane Square. Dans la perfide Albion, ce qui pourrait apparaître comme un accident n’est en fait pas si extraordinaire. On pense surtout au carnaval de Notting Hill qui s’enflamme en 1976 et Brixton partant en sucette en 1981. D’un point de vue musical, les artistes indés n’ont jamais été les derniers pour allumer la mèche.  Retour rapide sur un titre à la douce fragrance de gaz lacrymal.   




Eté 1986, Michael Jackson signe un contrat de 15 millions de Dollars avec Pepsi et les albums de Madona (True Blue) et Genesis (Invisible Touch) campent en haut des charts britanniques. Morne!  C’est également le moment où The Smiths décide de réaliser un titre détonateur : Panic. Enregistré dans le London's Livingston Studios, six mois après le séminal The Queen Is Dead, Marr et Morissey accouchent cette mélodie enfantine assaisonné de lyriques aiguisées. La plume de Morissey voit des émeutes se propager dans toutes les grandes villes du Royaume-Unis avant de condamner à mort les DJs mainstreams. Le quartet mancunien voulait montrer doigt les artistes pop fm comme Wham! qui ne se souciaient guerre d’écrire des titres engagés ou en relation avec la vie des Anglais.



Pochette de Panic: Richard Bradford de la série Man In Suitcase

Il n’a pas été facile pour The Smith d’enfanter ce single. Le quatuor ressentait une frustration grandissante envers leur label Rough Trade. En 1983, Geoff Travis, fondateur du label indépendant, s’était lancé dans son premier contrat à long terme en les signant pour quatre albums. N’arrivant jamais à atteindre le firmament des charts, The Smiths stagne et colère. Morissey y voit un manque de professionnalisme de la part du label Ouest Londonien et décharge sa verve énervé sur la bande à Travis. Une chanson en tantinet burlesque Frankly, Mister Shanckly verra le jour et le groupe casse des rochers de sucres sur le dos de Rough Trade. 


Suite à l’excellent Queen is Dead, le groupe retourne en studio. Les sessions d’enregistrement sont constamment interrompues par d’impromptues visites d’avocats voir des gueulantes entre Morissey et son producteur. Marr, pourtant garçon cool, devient angoissé. Histoire d’enterrer définitivement l’ambiance, le bassiste Andy Rourke est sacqué du groupe pour cause d’un trop fort taux d’opioïde dans le sang. Après six mois de disputes d’égos, de stress et autres guerres intestines, le groupe se décharge du single Panic. La bombe tombe à pic puisque Panic restera huit semaines à la onzième place des charts britanniques et sera élue titre de l’année 1986 par le New Musical Express.   

Si The Smiths n’a jamais été number ouane, le groupe mancunien a su garder cette qualité constante d’écriture et de développer le son le plus intéressant des années 80.



Bonus :
The rioting playlist: 

Hard-Fi – Suburban Knights
The Dead 60’s – Riot On The Radio

NTM – Qu’est-ce qu’on attend

The Clash – London’s Burning 

Redskins – Lev Bronstein

The Smiths – Sweet & Tender Hooligan   


Sonic Youth – Teenage Riot


Junior Murving - Police and Thieves


The Specials – Ghost town

Arctic Monkeys – Riot Van

mercredi 3 août 2011

Wapping – Ghost Town


‘Vers les docks ou le poids et l'ennui me courbe le dos’ auraient pu chanter les Specials en tournant la dernière scène du vidéo clip de Ghost Town. C’est sur les quais de Wapping, à l’Est de Tower Bridge, que le groupe s’amuse à faire des ricochets sur Tamise histoire de conclure une nuit de tournage magique. La dernière parenthèse enchantée avant le hiatus du groupe. Ghost Town…30 ans déjà!



La principale force du groupe et éventuellement sa pire faiblesse, c’est son mélange détonnant de personnalités. Horace Gentlemen (basse), Terry Hall (chant) et John Bradbury représentent les anglais blancs issus de la classe moyenne*, Neville Staple (chant) le rude boy des rues, Lynval Golding (guitare) le jamaïcain emplie de sagesse et enfin Jerry Dammers, le génie ahurit, ultra politisé et artiste.


Si l’enregistrement du premier album roule comme sur des roulettes sous la direction d’un Dammers inspirés et avec Elvis Costello ultra motivé derrière les manettes ; le second LP, lui, croisera plus de conflits internes. ‘More Specials sonne comme un groupe qui se désagrège’ avoue Terry Hall lors d’une interview avec Uncut (Août, 2011). Les membres se font allégrement la nique et Jerry n’est pas le dernier pour pousser le bouchon. 1980, année épuisante pour le groupe et le claviériste se plait à demander des Hôtels de seconde zone lors des tournée aux Etats Unis, se trimbale dans les loges avec un ghetto-blaster jouant PIL à fond et commence à tourner le dos au ska pour s’intéresser au muzak. Terry hall, quand à lui, rêve de faire de la pop bubble gum et le bassiste Gentlemen s’enrôle dans la secte d’Exegesis. Autant dire que l’ambiance est morose au sein du groupe! Pour couronner le tout, le bonhomme de Lynval Golding se fait charger par des nazillons à la sortie du Hampstead Moonlight Club alors qu’il avait une fille blanche pour chaque bras. Par la suite, le guitariste jamaïcain écrira le titre Why ? ou il parle de la stupidité, du racisme et de la violence. Le titre figurera en face B du dernier single de The Specials : Ghost Town.

A l’image de The Specials, la santé du Royaume Unis est aussi convalescente.  1981, l’Angleterre est dézinguée par le second choc pétrolier et la désindustrialisation massive.  Le chômage n’arrête pas de croître et le front national joue des coudes pour montrer du doigt l’immigration comme fautive de la crise. Même le nihilisme punk des années 70 a été balayé par la victoire du parti conservateur de Margaret Thatcher le 3 mai 1979. Le Ska Two Tone apparait comme le dernier exécutoire pour la jeunesse britannique.

Début 1981, les sept musiciens vont en studio à reculons et n’arrivent pas à trouver un accord commun. Ça se chamaille pendant trois semaine néanmoins ils accoucheront un ovni musical qui sera leur chef d’œuvre. Ghost Town, n’a rien de commun avec ce qu’avait entendu l’Angleterre auparavant : un orgue désuet indianisant, des voix fantomatiques, une basse dub aux accents jazzy et les spectres d’Enio Morricone qui reviennent à la charge. Avec une forme bâtarde oubliant le classique couplet/refrain/couplet, Ghost Town réussira à camper en haut des charts durant trois semaines.  John Peel disait que Ghost Town était une unique exception et jamais aucune autre chanson du même cru n’atteindra le firmament des ventes britanniques.         

Une gloire qui n’est pas due au hasard puisque le titre symbolise une certaine insurrection des classes populaires anglaises. La poudrière des banlieues explose en Avril 1981 à Brixton (55% de chômeurs). La mort d’un jeune jamaïcain provoquera la débandade à coups de voiture incendié et cocktails Molotovs. Puis ce sera au tour de Coventry de péter suite à l’assassinat d’une jeune Pakistanaise par des skinheads fafs. Et Ghost Town de devenir l’épitaphe d’une Angleterre malade. Pour illustrer la ritournelle, la formation noire et blanche tournera un vidéo clip dans la grande tradition du label Two Tone sur les routes désertes d'un Londres noctambule. Le voyage commence par les immeubles de la City puis traverse le Tunnel de Rotherhithe qui s’engouffre sous la Tamise avant de terminer sur les quais. Les semaines qui suivirent le tournage, Terry hall, Lynval Golding et Neville Staple quittaient le groupe pour former Fun Boys Three. 
 

Mais 30 ans après, Ghost Town est toujours célébré par Tricky, Damon Albarn, Lilly Allen et autre Dub Pistols. Même la regretté Amy Winehouse était venue se déhancher sur scène avec la reformation des rude boys lors du V. festival de 2009.
 

*AKA grammar boys selon le livre Original Rude Boy: From Borstal to The Specials: A Life in Crime & Music de Neville Staple



jeudi 14 juillet 2011

The Mojito Playlist


J.C. Satàn – More Funny Than A Mini Horse
Laurel Aitken – The Mule
Tommy Bell – Midnight Dreams
Byron Lee and the Dragonnaires – Kingston Calypso
Adriano Celentano – 24 000 Baci
Los Zafiros – He Venido
King Khan and the Shrines – Le Fils de Jacques Dutronc
Sixto Rodriguez – Roch Folks Hoax
Anna Valentino – On a Tropical Island
Los Boppers – Ali Baba
The Four Lads – Istanbul
Skip Manning - Devil Blues 

Avoiding British clouds, here is the ultimate cocktail and summer playlist (for me and myself)! XX from London, UG  

lundi 11 avril 2011

Barwick Street - (What's The Story) Morning Glory?



Qu’est-ce qu’ils ont ces anglais avec ce pataquès autour de la britpop ? Qui n’a pas vécue sur les iles britanniques en 1995 n’a eu ouïe que de quelques fades échos de l’histoire. Mai 1994, suite au succès de Definitely Maybe, Oasis s’enferme dans le Rockfields Studio près de Monmouth pour mettre en boite son deuxième LP: (What's the story) Morning Glory?. La session part bon train grâce à un Noel Gallagher en forme olympique qui a composé l’album en amont. Durant l’enregistrement les deux frangins se font allégrement la nique voir même s’échangent quelques châtaignes pour une histoire de chant lead. L’album sortira en octobre 1995, sera transporté en tête des charts et installera le groupe mancunien au firmament de sa carrière.

Le 14 août 1995, deux mois avant l’introduction du chef d’œuvre, c’est la débandade au sein du Royaume. Blur provoque en duel le groupe de Manchester en sortant le single Country House le même jour que Roll With It. Les deux groupes plongent dans une course aux ventes effrénée dont le but et de déterminer le roi de la britpop. Le New Musical Express en fera une de ses couvertures d’anthologie. En sus, les insultes lancées par média interposés vont bon train entre Albarn, Gallagher et associés. La jeune génération est sur le qui-vive et doit faire un choix entre la formation working-class du nord et celle plus middle-class londonienne. Le quatuor d’Albarn remporte la joute avec 274 000 copies vendues contre 216 000 pour la fratrie Gallagher. Temps bénies par les maisons de disques!

Couverture du NME

La légendaire pochette est une capture de Barwick Street dans le quartier huppé de Soho et y présente le directeur artistique Brian Cannon croiser la route du DJ de la BBC Sean Rowley. Outre l’iconique photo, la rue est réputée pour héberger une grande quantité de disquaires indépendants en son sein. Par exemple, à gauche de l’image, la première devanture est celle de Sister Ray. Ce magasin a eu le culot de distribuer le premier EP des jeunes Arctic Monkeys : Five Minutes With Arctic Monkeys. Il a même reçu la distinction de magasin de musique indé de l’année 2007 par l’hebdomadaire Music Week. Aujourd’hui, Soho n’est plus qu’il était et nombreux sont les disquaires et sex shops qui sont passés sous la guillotine des loyers trop élevés du centre de Londres.    

Via cette pochette, Oasis renoue avec ses premiers amours modernistes. En deux pas, on se retrouve à Carnaby Street, muse de groupes tels que the Who  et The Kinks dans les années 60. En 1977, The Jam en fera une chanson. D’ailleurs, il est de notoriété que Noel Gallagher soigne ses acquaintances avec Paul Weller. Ce dernier a eu une influence massive sur les cinq de Manchester. Et c’est le mod father en personne qui clôture (What’s the story) Morning Glory? par un solo de guitare spatial en coda de Champagne Supernova.

En un peu moins de vingt ans de carrière, Oasis n’a pas arrêté de dégoupiller des grenades à fragmentation pop. Tantôt douces, tantôt amères les chansons du quintette ont sût allier la violence un tantinet hools avec la classe et le pédantisme incarnés avec ferveur par la rivalité entre les deux frères. Aimes moi tendre, fais-moi mal. 


vendredi 4 mars 2011

The Westway - The Modern World

This Is Modern World - The Jam (1977, Polydor)

This Is Modern World, le second album studio de The Jam, fut catapulté dans les bacs six mois après le séminal In The City qui présentait la triplette de Woking comme fervent défenseur du revival mod alliant avec maestria efficacité punk et conservatisme sixties.

Etonnamment, cet effort reçut un accueil mitigé auprès de ses contemporains. La chronique de Mick Farren parue dans le NME du 5 novembre 1977 y voit un album hanté par les fantômes de The Who et un manque d’inspiration certain. L’épreuve du sophomore n’a jamais été chose simple et malgré les mauvaises langues, il saura démontrer des qualités avant-gardistes.

Dans un premier lieu, Paul Weller dit adieu à l’idéalisme et l’enthousiasme effervescent d’In The City pour scander bonjour tristesse. The Jam met en musique l’aliénation sociétale et la frustration étouffe des titres comme Don’t Tell Them You’re Sane, In the Street Today ou Standards. Si le groupe se rêvait oligarque sur son premier LP, le second présente clairement son génome working class. Cet essai sera tout de même tempéré par des morceaux plus ensoleillés et speedés à l’efficacité pop (Here Comes the Weekend ou I Need You (For Someone)).

La pochette annonce la couleur grise et présente le trio quelque peu désabusé devant un paysage urbain orwellien. C’est l’extrême ouest londonien, un quartier saturnien fortement ancré dans la culture populaire anglaise. Au-dessus du groupe se trouve The Westway, un gargantuesque périphérique construit entre 1964 et 1970. Cet ahurissant axe de communication est érigé au milieu de quatre tours HLM dont l’architecture grisonnante rappelle fortement celle de l’ex-République Démocratique Allemande. Le décor parfait pour saluer une désillusion ultérieure.
 
A Weekend In The City - Bloc Party (2007, Wichita)
Ce qui a dû frapper Joe Strummer puisqu’il harangue The Westway avec sarcasme dans London’s Burning (The Clash, 1976). Egalement, Blur la mentionne comme une route sans queue ni tête dans For Tomorow (1993) et récidivera l’attaque en 2010 avec le single Fool’s Day. Puis c’est au tour de Dirty Pretty Things de jeter sa pierre avec Truth Begins (2008) et pour finir Bloc Party en fera la pochette de son excellent A Weekend in the City (2007).

Malgré leur modernisme assumé, en 1977, la boule de cristal de The Jam discerne des lendemains désenchantés et tatchéristes, des ghostown de The Specials [n’y verrait-on pas une pochette Hip-Hop avant l’heure]. Certainement, c’est l’une des raison pour laquelle la bande à Weller s’accroche à regarder dans le rétroviseur et de lécher des buvards enduits de Northern Soul. Dans tous les cas, This Is Modern World est un de ces album enregistré dans l’urgence et tirant le signal d’alarme pour mieux photographier la vision d’une jeunesse anglaise. Les albums suivants ne seront que succès dithyrambiques.

lundi 21 février 2011

Toe Rag Studios - Elephant



P‘tain, le deux février 2011, The White Stripes annonce dans un communiqué type lettre municipale qu’il ne faudrait plus compter sur eux dans le futur paysage musical. Ceux-là même qui avec leurs comparses The Strokes avaient jeté aux orties tous les groupes neo-metals et leurs guitares sept cordes.  Souvenez-vous qu’en juillet 2001, la doublette sortait White Blood Cells. Rien que les premières notes du LP (Dead Leaves And The Dirty Ground) reléguaient les Sum 41 au rang d’animateur de bal musette pour adolescents californiens. Tel The Stooges de l’époque annihilant tout psychédélisme, Jack et Meg auront clairement changé la donne. Quelle soit musicale ou esthétique d’ailleurs. 

Le duo noir-blanc-rouge n’avait pas son pareil pour engendrer des grognes rock foutrement arriéristes provenant directement de leurs viscères. Quand Meg besognait sa frappe binaire, Jack martelait des riffs incantatoires visant à raviver les fantômes de Robert Johnson (bluesman ayant vendu son âme au diable en échange de leçons de guitare) et The Sonics. Pour sûr, ce charme rétrograde sera le futur! Les artistes de l’époque le savent. En 2001, Michel Gondry fera ses expérimentations avec des Légos pixelisant sur le clip de Fell In Love With A Girl. 2002, Jim Jarmusch les invite à donner la réplique dans l’excellent Coffee and Cigarettes. Et l’année suivante, la doublette s’apprête à frapper un grand coup avec leur quatrième essai : Elephant.

 
Ce bijou a été enregistré dans un studio planqué dans les méandres de l’Est de londonien : Hackney.  Dans un quartier dérobé où l’on croise des cockneys titubant à toute heure se cache un petit havre pour les groupes vomissant l’aire digitale. Toe Rag Studios a vu le jour en 1991 grâce au passionné Liam Watson. Ce dernier a accumulé des machines d’enregistrements datant d’un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître.  Amplis des années 50, tables d’enregistrements chipées au studio Abbey Road et autres vieilles bécanes de la BBC peuplent ce lieu hors normes. La salle d’enregistrement doit faire 30m² et est un véritable capharnaüm où tous les musiciens enregistrent en live. Pas étonnant que les deux White s’y sont senti comme à la maison. Le dénouement n’en sera que plus détonnant.

Alliant explosions séminales et ballades lysergiques, Elephant mettra presse et public en accord unanime. Pourtant l’introduction de Seven Nation Army en avait surpris plus d’un qui avaient crié au scandale et de dire que Jack avait vendu son âme en utilisant une basse. Que nenni, le bougonnement sera vite assourdi puisque monsieur White a évidemment usé d’une vieille guitare bizarre et ultra désaccordée. Premier coup de génie donc. Le deuxième verra Meg faire son baptême de chant avec In the Cold, Cold Night. Ritournelle dénudée de froufrous où l’écouteur se pelotonne contre la poitrine de la batteuse trois minutes durant.

Salle d'enregistrement du Toe Rag

Néanmoins, Toe Rag n’a pas fait qu’un jackpot, Watson a mis en boite une bonne tripoté d’artistes dont on ne se cache pas d’admirer. L’américain Dan Sartain dont les acquaintances avec Jack White lui a permis de signer chez Third Man Records son troisième effort Lives (2010) qui est passé entre les machines du Toe Rag. On compte également Madness avec The Liberty Of Norton Folgate (2009), The Kills Keep On Your Mean Side (2003) ou encore le single de The Zutons Don’t Ever Think (Too Much) (2004) [liste non exhaustive mais indispensable à l’oreille]. Voilà le savoir-faire britannique mes petits lapins! Le studio de Liam Watson est un de ces paradis sans concession sachant redorer les albums studios de cette qualité spleenétique et âpre qu’est le son analogique. 
Plus d'informations : 
http://www.soundonsound.com/sos/oct03/articles/toeragstudios.htm 
http://wn.com/Toe_Rag_Studio 

jeudi 10 février 2011

Dublin Castle – Madness!


Quand on y va, la route est droite. Quand on en sort, généralement l’auguste qui a eu l’audace de pousser la porte du pub voit quelque courbes s’être ajoutées au chemin retour. Pas loin de la station Camden Town, The Dublin Castle est l’un de ces pub qui abrite une scène en ses bas-fonds où les jeunes groupes aiment s’y casser les dents ou jubiler. Gigs et Guiness, rien de bien étonnant au sein de la capitale anglaise. Oui mais.

Datant de début 1800, le Dublin Castle a principalement été édifié afin d’abreuver la navvy (DDE britannique) qui construisait les chemins de fer qui entourent Camden Town et Chalk Farm. Comme ces prolos venaient des différentes régions et pays des iles, parlaient différents patois et aimaient bien se faire la nique; des pubs dédiés à chaque nationalités ont été érigé dans le but de calmer les frictions internes. Un pour les écossais, un pour les gallois, un pour les anglais et le Dublin…pour les irlandais.   

Peggy et Alo Colon dans les années 60

Au départ, petit pub respectable et sans soucis, son curriculum vitae changera le 7 octobre 1979 lorsque sept hurluberlus aussi connu sous le nom de Madness, feignant d’être un groupe de Jazz, décident de semer la zizanie en organisant un concert de ska. Quelle n’a pas été la surprise des tenanciers Peggy et le regretté Alo Colon (cf. photo) en voyant arriver des bandes de d’jeun’s voire même des skinheads former le public du groupe dit de jazz. Si l’attentat était grossier, la soirée n’en sera que meilleure et le propriétaire irlandais proposera au groupe de s’y installer en résidence tous les vendredis. Ainsi, Madness sera la première pierre à ce qu’il va devenir une des cathédrale des pubs rocks londoniens. La vidéo entubée ci-dessous est extraite du film Take It Or Leave It et témoigne du climat électrique régnant lorsque les sept magnifiques étaient en représentation au Dublin Castle (à partir de 6 :21)


Et pour la postérité, le groupe y enregistrera même le vidéo clip du titre My Girl


Puis la machine est lancée, la décennie 80 continue à faire dans le ska mais aussi le revival rockabilly. Les années 90 verront les formations britpop faire leurs premiers pas sur la pitite scène. Ainsi, le 15 mai 1995, Blur ajoute un nom de plus à liste prestigieuse des groupes qui ont gigé au Dublin. Mais ce n’est pas tout, les années 2000 ont également leurs lots de bonnes surprises: les Arctic Monkeys encore boutonneux le 5 avril 2005, Travis (bâillement), The Libertines, Amy Maisonduvin et bien d’autres. En outre, iI n’est pas rare d’y croiser Noel et Liam Gallagher (Oasis), Pete Doherty ou encore les fidèles de Madness sécher quelque chopines.

The Arctic Monkeys, le 5 avril 2005

On les retrouve d’ailleurs encadré et exhibé au-dessus du zinc du Dublin. Preuve que le temps a réduit le ska au rang de fossile et le pub en musée. Les éternels nostalgiques de la période pourront toujours y aller faire pèlerinage, commander une pinte et mouiller l’œil. Mais on y va aussi pour voir des concerts à moins de £10 et profiter des lumières tamisées pour draguer la minette (ou le minet) toujours en abondance. Convaincu.e?  

vendredi 4 février 2011

BONUS !



Extrait du film Hard Day’s Night réalisé en 1964 avec The Beatles en tête d’affiche. Si Times Magazine le classe comme le quarante et unième film des cent meilleurs de tous les temps (rien que ça), ce long métrage est le premier mockumentary du style. Littéralement formé par mock (faux) et documentary (documentaire), Hard Day’s Night plonge deux jours dans la vie romancée des quatre garçons dans le vent et de la beatlemania. Le groupe prouve surtout qu’il a le sens de la comédie. John Lennon en était le plus friand. Fan invétéré de Peter Sellers, durant son adolescence, il s’enfermait dans sa chambre pour écouter the Goon Show à la radio. Le comique anglais sera la muse des gags du film.     

En outre, son titre n'a aucun sens et provient d’un lapsus que Ringo Starr avait lâché à un journaliste. Il aurait pu vouloir dire ‘It’s been a hard day’s work‘ ou quelque chose comme ‘we'd worked all day and we happened to work all night’. Un pur non-sens dont Ringo avait le secret. Pour la drôlerie, la phrase culminera en haut de l’affiche et sera source d’inspiration d’une chanson déjà culte.
 
Ritournelle qui se reconnait dès le premier accord de guitare. Coup de génie d'un George Harisson inspiré et armé de sa Gibson 12 cordes. Pour la petite histoire, le guitariste trouva sa future femme (Patricia Boyd) dans la foule féminine et criarde qui court sur le quai de la gare Paddington (première scène du film). Mais le pauvre guitariste à la coupe au bol se la fera chiper par un certain Eric Clapton. Un sale type qui a piqué la musique des noirs et les femmes des copains!
Hep, clique ici.

dimanche 30 janvier 2011

Little Green Street – Dead End Street


Petite rue du nord de Londres (Kentish Town), Little Green Street est un passage minuscule rehaussé d’une douzaine maisons Georgiennes. Construites en 1780, on apprécie l’une des plus ancienne ruelle de Londres. En outre, l’architecture londonienne a été quelque peu balafré par la Blitz et les chaines de restauration rapide; il faut donc se lover devant ce bijou  indemne. Ce qui n’a pas échappé aux yeux aiguisés des Kinks qui y ont tourné leur toute première vidéo: Dead End Street.   


Ecrite par Ray Davies et enregistré en Mai 1966 au Studio Pye (N°2), ce titre puise son inspiration au sein du music-hall et du prolétariat britannique. Fin 65, The Beattles sort Rubber Soul et fait un tabac à grands coups de ‘Michelle ma belle’ ou ‘Oh chérie tu peux conduire ma voiture, beep beep’. Pendant ce temps, le grand frère Davies peaufine ses paroles et les élève vers une poésie sociale chiadé. Il en accouchera Dead End Street, merveille lyrique racontant le quotidien des working class et leur situation sans issue. Mais comme tout art britannique adore l’oxymore, la dureté des paroles et audacieusement contrastée par des accords majeurs auxquels s’ajoute une fanfare de cuivres en coda. C’est ici un classique du cynisme de la fratrie Davies. Dave Davies en dira que c’est la chanson écrite par son frère qu’il préfère (ex-aequo avec Shangri La).

Dead End Street est considéré comme l’un des premier clip musical anglais. A l’époque, les réalisateurs avançaient encore à tâtons et les pionniers en la matière sont The Animals avec House Of Rising Sun datant de 1964. Dans leur vidéo, les Kinks, déguisés en croque-morts, viennent chercher un laborieux ayant rendu l’âme. Mais, une fois n’est pas coutume, le comique prend le dessus sur le drame et le mort - qui n’est autre que le roadie du groupe - s’échappe du cercueil.

Hélas le quartet ne verra pas la vidéo transmise sur les écrans car la BBC soutiendra que le clip est de mauvais gout. The Kinks n’est pas connu pour être le groupe le plus chanceux des années soixante. Ray Davies patientera jusqu’aux années 2000 pour être reconnu comme l’un des artistes britannique les plus influent de son époque. Il recevra quelques décorations dont le très rare Order of the British Empire décerné par la mélomane du rock’n’roll : Queen Elizabeth II. 

 
Par contre les musiciens anglais ne se cachent pas de considérer le quatuor nord londonien comme une influence majeure. Entre autres, The Jam a repris Dead End Street dans un style beaucoup plus épuré. Oasis rendra à César ce qui est à César, en 2005, en réalisant un hommage somptueux. Sur la même base du prolo passant l’arme à gauche, les mancuniens filment l’enterrement du croque-mort. Noel Gallagher en rajoute une couche en plaquant trois accords de guitares qui rappelleront sans nul doute l’introduction du titre des Kinks.  

A croire que les hymnes sociaux des Davies ont toujours su trouver une place dans le cœur des musiciens anglais. God save the Kinks quoi! 

 
Plus d’informations:  

mardi 25 janvier 2011

100 Oxford Street - 100 Club


Souvent cité comme le CBGB londonien, le 100 club a vu sept décennies de formations Jazz, Pop et rock jouer sur sa scène riquiqui. Situé 100 Oxford Street, en plein cœur de Londres, cette petite entreprise familiale est l’une des dernière salle modeste à tenir bon (le Roxy et le Marquee ayant déjà passé l’arme à gauche). Faut savoir qu’Oxford Street est presque l’équivalant des Champs Elysées avec ses énormes magasins type HMV, T.Mobile, O2 et compagnie. Au milieu, de ces boutiques proprettes, il y a un vieux store cradingue à moitié défoncé et une vieille enseigne lumineuse délavée…c’est le Club !    

Ouvert en 1942 sous l’égide The Feldman Swing Club, le bon tenancier Lyttelton oubliait l’apartheid social qui empêchait les personnes de couleurs et les sans cravates de s’amuser. Halleluja! Entre 1951-56, c’est l’âge d’or du club où l’époque HeyDay. ‘Chaque soirs, on avait l’impression que ça allait marquer l’histoire de la musique’ avoue le vieux Lyttelton. Par exemple, Sydney Bechet se retrouva sur scène à jouer sans être au programme. Louis Armstrong y tapa le bœuf, une nuit, comme ça. Voici encore un sujet qui entra au panthéon des douze lieux qui ont marqué l’histoire du jazz anglais cités lors du Brecon jazz Festival 2009.

Le club attirait une large audience d’étudiants et de charmantes demoiselles. Entre cigarettes, jazz et petites pépées, les années cinquante plongent le club dans une ambiance bohème. Ça ne se dévergonde pas pour autant mais ça danse un max.  Pour l’instant, le public et les musiciens se contentent de boire du café, puisque le gérant n’a pas encore sa licence bar.

Puis, en 1964, un nouveau propriétaire arrive : La famille Hortons. La programmation commence à mélanger jazz, pop et va faire un coup de poker terrible qui lui vaudra sa renommée. Quand le 100 Club pourrait être qu’une scène classique ayant éculé de nombreuses formations anglaises, il fut un ingrédient majeur à l’émergence d’un type bâtard. Horton va faire confiance à un type bizarre Malcolm McLaren voulant que le 100 Club devienne la vitrine d’une nouvelle génération : le punk.

30 mars 1976 les Sex Pistols font leur premier gig avant d’y tenir une résidence tous les jeudis. Le 20 septembre 1976, Le club accueillera le premier festival Punk anglais. Ce dernier réunit sur la petite scène : Sex pistols, The Clash, Subway Sect, Siouxy and The Banshees (dont le batteur de l’époque était un certain Sid Vicious) et cocorico The Stinky Toys (avec le très dandy Jacno et la très belle Elli Medeiros). En 76, à peine le punk est lancé qu’il fait face à la haine et l’incompréhension. Joe Strummer décrit le festival du 100 Club comme un havre où les groupes peuvent (enfin) finir leur set peinard sans avoir à éviter les bouteilles jetées par les malintentionnés. 

L’aire punk ayant fanée en deux temps trois mouvements, le club rouvrit ses portes aux groupes jazz et rythm and blues. En outre, les années 80 voient l’apparition des nuits Northern Soul avec ses sélections de rares 45 tours faites par les meilleurs Disc Jockeys du pays. Danseurs de qualité avec chemises Ben Sherman fermées jusqu’au dernier bouton, sachez que ces all-nighters sont encore d’actualité. Egalement,  le label Subculture de la marque Fred Perry y organisait quelque glorieuses réunions. Ici, vous apprécierez Terry Hall et Lynval Golding (ex-Specials) reprendre avec maestria Friday Night, Saturday Morning en compagnie de Ben Gordon, Charlie Turner et Bryan Johnson (ex-Dead 60’s).  



Ce qui participe au prestige de ce lieu est que l’on croise des musiciens aussi bien sur scène que dans la salle. Mick Avory, le batteur des Kinks, avait ses habitudes durant les années 90 et venait tous les vendredis boire un coup avec ses potes. De nos jours, il n’est pas rare d’y croiser Paul Weller,  les membres des Arctic Monkeys ou de feu Oasis. 

Mick Avory au 100 Club - Merci à Chris pour la Photo

Malheureusement, en septembre 2010, le tenancier Jeff Horton annonça que le club allait certainement mettre la clef sous la porte. Le loyer augmentant terriblement et lui ne pouvant hausser le prix de la bière ou des billets d’entrée sur la même ligne que le marché immobilier. Le voici dans une impasse. Heureusement, de nombreux artistes se sont lancés dans une campagne anti-fermeture. Ainsi, Franck Black de The Pixies a mis la main à la poche et lâcha £100 000 pour sauver le club. Liam Gallagher et Mick Jagger ont apporté leurs voix à une pétition. Ray Davies suggèrera dans une interview, avec toute l’ironie qu’est la sienne, que Simon Cowell (principal actionnaire et jury d’X Factor) sauve le club. Le pauvre chanteur des Kinks a écumé une année difficile avec la fermeture de son Konks Studio [qui fera l’objet d’un article prochain mes petits lapins] et voit la musique anglaise prendre une sombre direction.

mardi 18 janvier 2011

304 Holloway Road - RGM Sounds Studio

C’est dans cette modeste demeure que l’inénarrable Joe Meek vivait. Son mythique studio était situé sur trois étages, juste au-dessus de la maroquinerie tenue par sa propriétaire Mrs Shenton. L’histoire ahurissante de la pop anglaise mêlant légendes, chaos et génie commence ici.   

En 1960, après avoir été viré de son dernier appartement pour nuisances sonores, Joe réunis ses économies et monte son label indépendant: RGM Sounds (de ses véritables initiales Robert George Meek) et licencie l’exploitation de ses enregistrements à une major. Idée déjà martienne puisque les producteurs indés se faisaient rares et étaient tout sauf bienvenue dans le paysage anglais. Le tapage diurne continua donc au 304 Holloway road où le bonhomme installe son siège. Faut s’imaginer le premier étage avec kitchenette, chambre et bureau se transformant en salle d’attente au besoin, le second comprenait studio, salle des machines et débarras à instruments et enfin le troisième avait une chambre et salle à vivre.

Ajoutez à cela un ingénieur du son illuminé au caractère surexcité et bien trempé (voire parfois exécrable) et vous avez les ingrédients parfaits pour révolutionner l’époque. Là où Joe Meek se démarque est qu’il ne laisse personne lui dicter sa production ou même entrer dans sa cabine d’enregistrement. La raison? Protéger le secret de son écho magique bien sûr! Joe était parfaitement paranoïaque et pensait notamment que le label Decca l’espionnait et avait planqué des micros dans son appartement dans le but de lui voler ses idées. Elles étaient marginales et brillantes d’ailleurs.

Juillet 1961, le premier hit sort du studio. Johnny Remember Me chanté par John Leyton et écrit par Geoff Goddard est une ballade épique dominée par une réverbération venue d’outre-tombe. Réalisé dans des conditions précaires où un orchestre de chambre était parqué dans une minuscule salle de bain, une chanteuse lyrique donnait le la au troisième et le groupe plus Leyton dans le studio; tout ce beau monde enregistrait sur la même prise dans une incohérence Meekienne. Mais écoutez plutôt le résultat :  


Goddard et Meek faisait la paire aussi. Obstinés tous deux par les sciences occultes, ils s’en donnaient à cœur joie de faire leurs expérimentations en spiritisme. Obsédé par l’autre côté, Joe essayait fréquemment de rentrer en communication avec Buddy Holly, son idole. Pour la petite histoire, il partit au cimetière, une nuit, avec un enregistreur réglé à fond les ballons pour essayer de capter l’esprit du guitariste aux RayBan. Un échec, hélas.

Outre leurs expériences psychiques, Meek et Goddard écrivent les morceaux à quatre mains durant quatre années (de 1960 à 1964). Il en sortira des titres expérimentaux comme des tubes populaires. L’exemple même est Just Like Eddy de Heinz (1963), chanson mollassonne [qui a certainement inspiré le Rockollection de Voulzy] et nostalgique d’une période rockabilly qui se meurt dans ce Londres bientôt swinging. La légende voudrait que Meek ait mis à la poubelle la première maquette de The Beatles. Il est conté que leur manageur Brian Epstein voulait que les quatre de Liverpool enregistrent au 304 Holloway Road. La rançon de la gloire pour Meek, certainement.     

Mais Joe n’était pas pour autant arrièriste. Adepte du progrès, il s’en donnait à cœur joie lorsqu'il fallait se procurer de nouveaux instruments et autres bizarreries musicales de dernier cri. Comme ça, il acheta un clavioline qui sera l’acteur principal de son plus gros hit : Telstar. En 1962, trois semaines après le lancement du satellite, Meek est foudroyé par une mélodie qu’il met aussitôt en boite avec son groupe studio : The Tornados. Cet instrumental sera propulsé au panthéon de la pop anglaise et mis en orbite au top des ventes. Plus encore, Telstar fut le premier titre britannique à traverser l’Atlantique et squatter la première place des charts américains. Enregistré dans une maison-studio, Meek voit les majors verdir de rage et ses chevilles enfler considérablement. Délectez-vous du capharnaüm électrique et sonore en tout début de morceau. Typique des bidouillages de machines dont Meek avait l'habitude.
La deuxième partie de la décennie sixties s’annonce plus sombre. Alors que la Beatlemania, les Stones, les Kinks et touti quanti ont envahi l’Angleterre, Meek finira seul, sans avoir touché une royalty et complétement félé. En 1967, il tue sa propriétaire Mrs Sheton (qui venait lui quémander son loyer),  avant de se tirer une balle dans la tête. Joe Meek reste un personnage autant incompris qu’admiré dans le sillage de la pop anglaise. Jouant au funambule sur la frontière de la civilité et la folie, Meek ne fera aucune concession face à une industrie du disque naissante et affirmera son génie à plusieurs reprises. Chapeau bas.

Pochoir de Stewy - Holloway Road
Plus d'informations: Film : Telstar, de Nick Moran (2009)
Blog : http://www.joemeekpage.info/index.html

dimanche 9 janvier 2011

The Hammersmith Palais (de Danse) – 1919-2007




Lieu de bal devenu au fil du temps salle de concert, les planches du Palais ont vu suer les pointures de la musique britannique et internationale. Aujourd'hui à l'état de ruine, ces 2000 m² de dancefloor attirèrent plusieurs générations de londoniens en quête de concerts et de danse.

Des rugissantes années 20 jusqu'à la fin des années 50, les big bands de jazz et boogie-woogie firent vibrer l'édifice du sud-ouest de Londres. Pas étonnant qu’en 2009, lors du Brecon Jazz Festival, le Palais fût cité comme l’un des 12 lieux qui a contribué à l'épanouissement du Jazz sur les îles britanniques. Quelques orchestres de légende s’y installèrent en résidence comme les pionniers du style : The Original Dixieland Jazz Band (New Orleans) ou encore le Joe Loss Orchestra. D’ailleurs, ce dernier comptait parmi ses rangs le papa d’Elvis Costello (Ross Macmanus).

Cependant les papys et leurs musiques de big band ne réussissaient plus du tout à attirer la nouvelle génération anglaise qui avait un goût certain pour les deux roues de marque Piaggio ou Lambretta. Les mods prirent d’assaut le Palais et dégagèrent le Joe Loss Orchestra en 1964 à grand coups de Clark’s dans le derrière. La suite est connue, costumes nickels et petites gueules boutonneuses dansèrent aux sons rythm’n’blues, soul et brit rock.



Les années 70 amenèrent les douceurs carribéennes que sont le reggae et le blue beat. Ken Boothe et Desmond Dekker y firent leur armes. Bob Marley y avait élu ses quartiers généraux. Le Palais était l'unique endroit de la capitale a faire des nuits blanches aux sons noirs. Au milieu de la décénie, le punk est en pleine éclosion. Crêtes et rastas cotoient le Palais avec la même envie de montrer le vilain doigt à l'establishment.

Et c'est à ce moment précis que Joe Strummer mythifie le lieu avec la chanson de The Clash 'White Man In A Hammersmith Palais' (1979). Et lui de dire qu'il trouve quelque plaisirs à être le seul blanc dans un club de jamaicains. Cet hymne prone le fait que le reggae est resté pur tandis que le punk sombrait dans l'argent. Snif, c'est beau.

Mais réjouissons nous puisque la décénie suivante voit les plus grand groupes indie donner la messe au palais. Toutes les formations ska du prestigieux label Two Tone, The Pretenders, The Undertones, The Cramps, Toots and The Matyals ou encore PIL auront leur part de ce lieu magique.

Le Palais fut fermé le 1er Avril 2007 avec un concert The Fall. Mais la palme de la nostalgie revient au grand Paul Simonon (ex-The Clash). Alors qu'il jouait au Palais avec The Good, The Bad and The Queen, le compositeur de Guns Of Brixton défonça la scène à coups de hache pour en ramener un bout à la maison. Sur la video entubé ci-dessous vous verrez que cinq grand coups dans le plancher lui permettent de sortir une pitite allumette de bois mais surtout de confirmer qu'il a la méga classe. Sans oublier le père Damon Albarn qui se marre au second plan.





Le Palais en chansons:

The Clash – (White Man) In A Hammersmith Palais (1979)

Ian Dury and The Blockheads - Reasons to Be Cheerful, Part 3

Le vieil oncle cockney le chante dans un couplet :
'Summer, Buddy Holly, the working folly
Good golly Miss Molly and boats
Hammersmith Palais, the Bolshoi Ballet
Jump back in the alley and nanny goats'

Le Palais enregistré:

The Jam - A town called Malice Live (45 tours)
enregistré live au Palais le 14 Decembre 1981


Toots and the Maytals - Live at Hammersmith Palais
Sera sold out en un jour

The Falls – Last Night at The Palais (2007)
enregistré live au Palais le 1er Avril 2007


Le Palais filmé :

it's a wonderful world' de Val Guest (1956)